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L'Interview intégrale de Sophie BREART-DELALANDE, Alumni 2001 et Directrice Learning & Development de la maison Givenchy Couture

  • 29 mai 2017
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  • Catégorie : Interview
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  • Auteur : Laetitia GROGNUX
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L'Interview intégrale de Sophie BREART-DELALANDE, Alumni 2001 et Directrice Learning & Development de la maison Givenchy Couture
Sophie BREARD – DELALANDE
DIRECTRICE LEARNING & DEVELOPMENT – GIVENCHY COUTURE
 
 Le rendez-vous est pris au siège de Givenchy Couture, avenue George V.
Sophie arrive le sourire aux lèvres, le regard franc,
sa poignée de main est chaleureuse.


Une belle rencontre Alumni Sup de Luxe en perspective!

Propos recueillis par Laetitia Grognux
 
 
Bonjour Sophie et merci de nous accorder cette interview pour notre nouvelle Newsletter Alumni Sup de Luxe.
Vous êtes alumni 2001, quel souvenir gardez-vous de votre année MBA Sup de Luxe ?
J’en garde un souvenir joyeux. Des rencontres avec des experts et des amis. Cela m’a apporté une compréhension des métiers du luxe ou, plus exactement, de comment les métiers se vivent dans le luxe. C’est un univers très codifié, cela nécessite de s’acculturer. Image, savoir-être, savoir-faire… L’implicite occupe une grande place et est un fort facteur d’intégration.
L’année Sup de Luxe est une antichambre de tout cela et permet de se sentir équipé.
 
Qu’est-ce que cela vous a apporté concrètement ?
Cela m’a apporté de la confiance au moment de me présenter face à des recruteurs.
 
Vous travaillez depuis 10 ans dans la Formation au sein du groupe LVMH (Givenchy 3 ans et Dior 7 ans) et avant cela, chez Shiseido. Qu’est-ce qui vous enthousiasme particulièrement dans ce métier ?
Pour moi, c’est l’un des métiers les plus ouverts de l’entreprise car c’est une hybridation de communication, de marketing (produit et opérationnel), de commerce et d’humain. Cette transdisciplinarité fait exception là où les entreprises sont très segmentées. Nous avons une mission de « storytellers » et de « role models » internes, capables de nourrir la motivation des équipes. C’est aussi nourrissant pour soi.
 
Quelle est la place du digital au sein du département Formation d’une maison de couture ?
L’outil digital nous permet de valoriser la maison et ses créations auprès de nos publics internes, comme un site internet le fait auprès des clients.
Chez Givenchy, en matière de formation, le digital est utilisé comme une bibliothèque vivante, à mi-chemin entre un fil d’actualité et un magazine. C’est de l’information plus que de la formation. Il nous permet de romancer, d’approfondir le supplément d’âme et d’inspirer les équipes sur les points à souligner au moment de suggérer une pièce à une cliente. Le bénéfice majeur est qu’il permet de déléguer la transmission de savoir et de recentrer la mission des équipes de formation sur « l’action learning » et la relation avec les clients.
Nous avons beaucoup soigné l’esthétique de notre Application pour cultiver une notion de plaisir et d’enchantement à découvrir les créations. Aussi belles soient-elles, à les côtoyer quotidiennement, les équipes ont toutes les raisons d’être blasées... nous travaillons à maintenir la flamme.
 
Quel a été votre plus grand challenge dans votre carrière ?
Dans le cadre du développement d’un département Formation, cela a été de donner à voir et à entendre aux décideurs l’impact positif de la formation sur le business, sur l’expérience client et sur la perception de la marque via la considération et le soin que l’on apporte aux équipes – et a fortiori au retail-. Pour les dirigeants, la formation est une discipline brumeuse – ce qui est vrai.
Il faut indéniablement avoir l’esprit de conquête. La persévérance paie car aux premiers frémissements, tout le monde veut faire de la formation. Le plus délicat est de convaincre sans forcer. Pour moi, le secret est d’être habité par une intime conviction. Confronter une réalité et montrer la différence que peut faire la formation. Cette prise de conscience est facilitée par des résultats tangibles. De nombreux métiers revendiquent les succès ; la formation est rarement créditée comme premier facteur clé de succès. J’ai cependant deux exemples à l’esprit : Deux lancements produits chez Dior puis chez Givenchy, qui, ni l’un ni l’autre n’avaient bénéficié d’une campagne de presse, communication ou product placement. Leur seul soutien a été la formation.  Dans les deux cas, les succès ont été retentissants, obtenus grâce aux équipes préparées par les formateurs.
 
Quelles sont pour vous les qualités essentielles pour évoluer dans une maison de couture ?
J’ai parlé de persévérance un peu plus tôt…
Etre capable de prendre du recul : Ces maisons sont des tourbillons d’activités, il est facile de se laisser emporter par le courant pour se mettre dans une posture d’exécutant.
S’interroger régulièrement sur la valeur que l’on peut créer.
Il y a un élément de savoir-être, une forme d’étiquette qui, pour moi, passe par beaucoup d’écoute. Les gens ne s’écoutent pas (ou plus). Dès que vous vous mettez à écouter, tout s’ouvre. Tout devient possible. C’est une immense qualité.
Garder la tête froide et le regard du débutant, c’est souvent générateur de créativité et d’innovation.
Etre courageux et oser. C’est une très grande qualité qui fait dorénavant figure d’exception. C’est dommage. Je n’ai pas une fois été desservie par cela.
Fédérer pour ne pas rester seul. L’égo c’est la solitude. Fédérer fait avancer.
 
Comment envisagez- vous votre métier dans dix ans ?
Je pense qu’avec l’accélération du monde, notre métier se recentrera de plus en plus sur l’humain et la façon de prendre soin des relations : entre la maison et les équipes, entre les équipes et avec les clients. Nous contribuerons à créer les conditions indispensables à l’engagement et à l’expression des potentiels.
Je crois au progrès que peut engendrer le travail collaboratif. J’ai l’intuition que demain, nous contribuerons à favoriser la coopération au service de l’expérience client.
 
Croyez-vous au destin ?
Je crois au grand tout qui relie tout, hors considération religieuse. Je crois que rien n’est jamais dû au hasard et que l’on est acteur de sa destinée. Je crois à la congruence, à la synchronicité et à la résilience.
 
La chance a-t-elle joué un rôle dans votre carrière ?
Non. J’ai osé. Beaucoup et souvent. Des risques calculés en étant toujours habitée par mes convictions. Il y a eu des moments très durs, riches d’apprentissages. Je cherche toujours à faire d’une difficulté, une opportunité ; c’est un état d’esprit. Il n’y pas d’opportunités sans incertitudes.
 
Quel message avez-vous envie de transmettre aux jeunes diplômés Sup de Luxe ?
Interrogez-vous sur quels professionnels vous avez envie d’être dans cinq ans et sur les étapes qui vous permettront de cheminer vers leur projet. Ne vous laissez pas enfermer dans des certitudes, laissez-vous surprendre : le changement est permanent, vous devrez ajuster votre parcours au fil de l’eau et surtout faire en sorte de continuer à apprendre de toute expérience, à prélever le meilleur pour grandir. L’important, c’est d’essayer.
Je terminerai avec un conseil : savourez le luxe mais ne le laissez pas devenir une cage dorée.  Sachez rester ouverts à ce qu’il se passe en dehors de l’industrie pour toujours continuer à progresser.
 
 
 
 
 
 
Auteur :
Laetitia GROGNUX

Diplômé

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